JOURNEE DU DIMANCHE

Qu'elles sont loin les répétitions de batterie. Que les soumonces sont vite passées. Nous voici déjà dans la nuit sacrée. Dans la chaleur de la maisonnée, à l'heure ou l'éclairage ne semble pas vouloir violer la nuit, la vie familiale s'anime dans un étrange ballet.

Il est trois heures. Chacun a une mission bien définie. Sur la table, les coupes de champagne semblent recroquevillées dans l'attente de l'explosion. Sur le bureau, bien à plat, les barrettes et les mouchoirs de cou sont alignés, bien repassés. Sur les cintres figés, les costumes sont impeccables. Déjà, les bourreurs arrivent pour leur office. Ils sont en charge du bon équilibre des bosses de paille. De leur savoir-faire dépend le confort et la belle allure du Gille. Les mères et les épouses prennent le relais…Elles fixent judicieusement les collerettes et posent, non sans difficultés, les barretttes et le nœud…

Les portes s'ouvrent, les amis entrent, les " bon carnaval ! "retentissent et chacun vient participer à l'avènement du personnage mythique . Sabots, grelot, apertintaille, ramon…Les coupes de champagne crépitent. La maîtresse de maison rayonne auprès de ses invités. Un petit mot à l'un, une blague à l'autre et toujours la même question : quel temps fait-il ?

Dans la rue, soudainement, la nuit s'est déchirée. Les tambours roulent, les caisses percutent. Les sabots martèlent déjà le pavé. Le Gille, sur le seuil de sa maison, accueille ses amis qui viennent le solliciter. Champagne !…

De maison en maison, le groupe va s'enrichir de nouveaux participants. De maison en maison, les amis vont se faire de plus en plus nombreux. Le ramassage de ce dimanche matin sera ponctué par la prise des masques. Voici l'instant magique, le cœur même du carnaval. Depuis les premières heures de l'aube, la résonance des sabots a envahi la cité. Aux quatre coins de la ville peu à peu, la population se regroupe autour des sociétés. L'harmonie et le communion deviennent évidentes. Au roulement des tambours, répondent le martèlement des sabots et le cliquetis des apertintailles. Les ramons sont brandis. Les Gilles sont isolés par leur masque et leur danse devient lourde, pesante.

Frissons…, roulements…, ponctuations…, enchaînements…, croisements…, intensité…, douce brutalité! L'hiver va pouvoir gémir. Le printemps va pouvoir s 'accomplir. Après un magnifique rondeau masqué, les chapeaux vont surgir et les oranges se disperser.

Toutes les sociétés se dirigent alors vers la place du Théatre pour honorer les autorités communales et leurs invités. Voici que se déroule l'un des points d'orgue du carnanval.

Place aux réjouissances…Place à la fête…Place à l'amitié…Quel beau dimanche !

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